ABIDJAN (AFP) - 08/03/2005 08h41 - Le coton ivoirien part massivement pour le Mali et le Burkina, où il est mieux rémunéré, profitant de l'absence de structure étatique dans le nord de la Côte d'Ivoire, contrôlé par la rébellion des Forces nouvelles (FN) depuis le coup d'Etat raté de septembre 2002 contre le régime du président Laurent Gbagbo.
Plus de la moitié du coton ivoirien, produit essentiellement dans l'extrême nord du pays, aurait été vendue, en 2004, au Mali et au Burkina, selon des professionnels de la filière.
Quelque 220.OOO tonnes de coton graine sur 400.000, représentant 55% de la production ivoirienne, auraient ainsi été exportées dans ces pays, eux-mêmes producteurs importants, puisque le Mali est le premier producteur en Afrique subsaharienne et deuxième derrière l'Egypte en Afrique.
Les prix d'achat au Mali et au Burkina sont au moins 20% supérieurs à ceux pratiqués en Côte d'Ivoire par les coopératives, des pratiques vivement dénoncées par ces professionnels, estimant que cela "met à mal toute la filière coton".
La campagne précédente, avant la crise militaro-politique, s'était soldée par une production de 400.000 tones, a expliqué à l'AFP, Nicolas Kouadio N'Guetta, un responsable de l'Intercoton, une structure gérante de la filière ivoirienne.
Pour ce professionnel, "la différence entre les deux campagnes s'est retrouvée dans les pays voisins", les productions étant constantes ces dernières années.
"La filière cotonnière se porte très mal depuis le déclenchement de la crise", en septembre 2002, déplore M. N'Guetta, très pessimiste sur les prévisions pour la campagne qui vient de débuter, faisant état "d'une situation désastreuse" pour les mêmes raisons.
Parmi ces professionnels du coton, réunis ces derniers jours à Abidjan, le président de l'URECOS-CI, Keletigui Bamba, une coopérative regroupant des coopératives de la zone des savanes (nord), explique ce phénomène par l'"attractivité" des prix d'achat proposés.
"Le coton est acheté entre 160 et 180 FCFA (0,24 et 0,27 euro) alors qu'au Burkina et au Mali, il est à 210 FCFA (0,32 euro). Que voulez-vous ! dans un marché dit libéralisé, on vend où on tire le maximum de bénéfice", a-t-il affirmé.
Un autre spécialiste relève qu'avec la quasi absence de l'Etat en zone rebelle, où aucune banque ne fonctionne depuis deux ans et demi, une "nouvelle race" de commerciaux est apparue : les pisteurs qui contribuent à détourner le marché.
Ces pisteurs parcourent la région pour acheter les récoltes et les acheminer au Mali et au Burkina, au lieu de les envoyer vers le sud et Abidjan pour son exportation.
"Le coton est pris en otage par cette situation de belligérance", s'insurge, le responsable de l'Intercoton. Un autre professionnel note que ces "exportations" permettent à "certaines autorités" de la zone rebelle de s'enrichir en prélevant des "taxes".
Les acteurs de la filière ont donc plaidé pour un retour à la paix dans le pays, propice à la mise en place d'un plan de relance de la culture cotonnière de 2005 à 2006.
Ce plan d'un coût de 8 milliards de FCFA (12,2 millions d'euros), devrait permettre, si un règlement politique intervient, de réactiver les circuits habituels, de reconstruire la station de recherche détruite de Bouaké, la deuxième ville de Côte d'Ivoire et fief de la rébellion, tout en finançant l'achat des intrants agricoles pour élever les rendements.
Il devrait aussi permettre d'entretenir les pistes, dégradées par la guerre, accédant aux plantations.
La filière coton en Côte d'Ivoire emploie 200.000 producteurs et fait vivre indirectement deux millions personnes dans un pays comptant 17 millions d'habitants